Comment prescrire un ou plusieurs médicaments en évitant au maximum les risques d’interactions médicamenteuses et d’effets indésirables ?
La pharmacovigilance et la formation des médecins généralistes sont les deux canaux essentiels pour parvenir à une médecine pour «
la santé d’abord » et pour le patient en particulier.

Bien connaitre le fonctionnement d’un médicament, comment le prescrire et disposer des données indépendantes tant cliniques que pharmacologiques est une des missions de cet espace.
Aujourd’hui
encore le nombre d’hospitalisations dues à des effets iatrogéniques est anormalement élevé. En dehors de la détérioration de l’état de santé des personnes atteintes, le coût économique est trop important (lire les articles en ligne) et pourtant largement évitable.

Il est urgent de modifier la façon de prescrire les médicaments, de revoir la prise en charge des patients et de prendre en considération de manière significative la pharmacologie et la pharmacovigilance.

Grâce à la collaboration de tous, médecins, patients et pharmacologues, nous serons à même de poser ensemble la première pierre d’une santé au service « du patient ».

Bonne lecture.

vendredi 9 septembre 2011

Du marketing insupportable à une médecine pour la santé

Santé publique

Du marketing insupportable à une médecine pour la santé


Par Jean-Bernard HUNGARO (**), Expert en santé publique Septembre 2011



Dans une salle d’attente, un groupe de quatre jeunes femmes discutent joyeusement et à haute voix de leurs dernières vacances d’hiver à la montagne. Entre ski, farniente et projet d’agrandissement de leur maison, les propos vont bon train.

Les autres personnes présentes écoutent avec l’air de découvrir des gens venus d’une autre planète.

Il n’y a rien d’extraordinaire à cette scène, sauf que nous sommes dans la salle d’attente d’un cabinet médical et que les quatre femmes en question sont des visiteuses médicales.

Des situations pareilles, il en existe des centaines. Mais, allons plus loin.


La stratégie de vente des firmes pharmaceutiques consiste, depuis des années, à recruter principalement des femmes, plutôt attirantes, les parachuter dans les dizaines de cabinets médicaux pour y déverser des flots de discours plus marketing que scientifiques.

Mais en réalité, les discussions entre médecins et visiteurs médicaux visent plus à l’établissement de liens affectifs inconscients qu’à une analyse objective du bénéfice/risque pour le patient.

Et cela marche. Les prescriptions suivent mais à quel prix !!!







Analyses



La visite médicale en France c’est entre 16 et 18 000 visiteurs médicaux [1], en majorité de sexe féminin, pour la plupart d’entre eux non universitaires, venus d’horizons divers, ayant eu une formation de base aboutissant au diplôme de visiteur médical sans aucune expérience du monde médical, de la thérapeutique et de l’industrie pharmaceutique. Bien que la réglementation impose le suivi d’une formation médicale générale [2], ce sont en fait des commerciaux purs et durs qui se retrouvent face aux thérapeutes, formatés aux discours marketing élaborés par les firmes pharmaceutiques pour chaque produit présenté.

Selon que ces visiteurs sont recrutés par les firmes ou les sociétés de prestation, les traitements ne sont pas du tout les mêmes.


Dans le premier cas, les salaires sont bien plus élevés et les avantages (voiture, primes, participation au CA..) incomparables à ceux des visiteurs des sociétés de prestation.

Première discrimination et pourtant le même diplôme !!

Deux témoignages rapportés par deux visiteurs médicaux que nous appellerons Pierre et Josiane, révèlent bien la finalité de ces sociétés à profits que sont les firmes.

Pierre, la trentaine exerce dans une société de prestation de service depuis une dizaine d’années et ses anecdotes sont stupéfiantes. Josiane exerce dans la même société pharmaceutique depuis cinq années mais dans un autre réseau et son témoignage corrobore celui de Pierre. Pierre et Josiane ne se connaissent pas.

Pierre : « nous avons trois séminaires par an de cinq jours chacun (un jour par produit) .A chaque séminaire, nous avons droit pour un même produit à plus de trois heures de données chiffrées : résultats, analyses des chiffres et objectifs ». Jusque- là pas de médecine en vue ni d’intérêt patient, juste une histoire de profit à améliorer.


« Dans la partie purement produit, poursuit Pierre, seules les indications sont abordées, JAMAIS les effets indésirables, les interactions médicamenteuses ou les contre-indications ».

A ce propos, Pierre se rappelle un représentant de chez LUNDBECK répondant à une question portant sur la tolérance de l’escitalopram (SEROPLEX°) : « évitez de parler de la tolérance, ça n’intéresse pas les médecins ».


Une petite parenthèse pour appuyer les propos de Pierre : LUNDBECK, présente l’escitalopram comme une révolution dans le traitement de la dépression majeure.

Or, rappelons simplement que l’escitalopram n’est que l’isomère actif de la molécule « citalopram », elle- même indiquée dans le traitement de l’épisode dépressif majeur. Mais ce « qu’oublie » de dire la firme, c’est que l’escitalopram ne possède qu’un ASMR IV [4] (amélioration mineure du service médical rendu) versus.... Citalopram ![5]

« Puis, nous dit Pierre, c’est le matraquage cérébral, une salle où le réseau se retrouve sous la houlette du directeur régional (secrétaire régional ricane Pierre) pour un apprentissage à la lettre de l’argumentaire rédigé par les responsables marketing de la firme. Il faut apprendre par cœur et ne pas s’éloigner de la trame fixée par le labo ».


« Les études cliniques présentées paraissent douteuses, souvent accompagnées de résultats non significatifs statistiquement [6] et cliniquement la firme ne se prononce pas ou contourne le problème pour aller dans le sens des ventes », ajoute Pierre. Les aides de visites sont élaborées de sorte que le produit présenté soit perçu comme « leader » du marché alors qu’en réalité il n’apporte rien de plus par rapport à ce qui existe déjà.


Plus grave est l’opinion que portent les firmes sur les médecins, Pierre nous dit : « Pour les firmes en général, les médecins ignorent le fonctionnement des médicaments, et notre discours tend à les formater sur des schémas thérapeutiques préétablis par les labos ».

Voilà la preuve d’un mépris flagrant à l’égard de ceux qui veillent sur notre santé.

Les questions ne sont guère bienvenues. Les directeurs régionaux tendent à rappeler à l’ordre ceux qui dérogent à la règle. Une dictature des temps modernes.

Ce premier témoignage, reflète très concrètement les contradictions de nos sociétés de consommation.

Le système de soins n’échappe pas à la sacro- sainte règle de la course aux profits y compris au détriment de nos malades et dans le silence complice de nos responsables politiques.

Enfin Pierre conclut sur la pharmacovigilance : « on ne cesse de nous rappeler les procédures de remontées d’informations concernant les cas d’effets indésirables : appeler sous 24h la société l’informant du cas avec des items bien précis. L’info est ensuite transmise au laboratoire ». Or il existe en France 31 centres régionaux de pharmacovigilance répartis sur tout le territoire national. [7]


Pourquoi les médecins ne contactent-t-il pas en priorité ces centres ? L’efficacité de l’action serait plus mesurable. En effet, que devient l’information transmise au laboratoire.


Est-elle exploitée ? Transmise aux CPV ? Silence des firmes à ce sujet.

Le cas de Josiane est aussi révélateur : « depuis plus de deux ans, nous dit-elle, elle présente l’ibuprofène aux médecins généralistes. Depuis tout ce temps, jamais la firme (WYETH SANTE FAMILIALE) n’a consacré ne serait-ce que cinq minutes aux effets indésirables graves chez l’enfant et le nourrisson [8]en dehors de la contre-indication en cas de fièvre liée à la varicelle ( sous pression des centres de pharmacovigilance, puis de l’agence du médicament après avoir enregistré des cas graves d’effets indésirables des enfants atteints de varicelle et ayant consommé de l’ibuprofène, WSF a été contraint d’inscrire dans la fiche du résumé des caractéristiques du produit, ce cas d’effet indésirable).


C’est étrange d’autant plus que de nombreuses études montrent des cas d’insuffisances rénales sévères chez l’enfant observées après la prise de l’ibuprofène ».[9]

Il est d’ailleurs établi que, contrairement à ce qu’affirme la firme, la rapidité d’action de l’ibuprofène est relative versus paracétamol. Sur les cinq jours de traitement symptomatique, elle est quasi insignifiante. [10]


Chez l’adulte, il faut rappeler que la prise concomitante d’ibuprofène et d’antihypertenseur inhibe l’action de ce dernier et provoque une brusque augmentation de la pression artérielle.

Innovation thérapeutique? Non, simples « copies »

Revenons à nos quatre jeunes femmes dans la salle d’attente. Une à une, elles vont parler de leur(s) produit(s) en ne mentionnant que les effets supposés bénéfiques de leur(s) médicament(s) et peut-être un effet indésirable.

Rien sur les essais cliniques, rien sur les interactions médicamenteuses, rien sur les effets indésirables rares mais potentiels.


Plus tard, ce médecin nous confira qu’il lui semblait avoir des produits « innovants » super performants. Il n’en est rien.

Plus de 96% des médicaments présentés ou se disant nouveaux, ne sont en fait que des « me too » [11] [12] [13] qui n’apportent rien de plus à ce qui existe déjà.


Et, les praticiens sont irrités de cet acharnement des firmes sur des pathologies courantes tandis que d’autres, jugées moins rentables, ne sont pas la priorité des laboratoires pharmaceutiques.

Cette information médicale restreinte et très incomplète ne facilite en rien le travail des médecins généralistes. Bien au contraire, ils se perdent dans les méandres d’une information biaisée et, qui parfois, peut avoir des incidences sérieuses sur leurs prescriptions médicales.[14]


Pourtant, derrière le bureau du médecin, il y a le patient qui attend d’être soigné, soulagé et écouté sans nécessairement bénéficier systématiquement de prescription médicamenteuse.

Entre discours subjectifs, invitations à des repas ou à des congrès, les médecins, à leur insu perdent leur crédibilité et se trouvent être l’objet de conflits d’intérêts qui se traduisent par telles ou telles prescriptions. Ainsi, la prescription élevée d’antidépresseurs en France ne représente en rien la situation mentale des patients. La première responsabilité de cette situation revient aux firmes pharmaceutiques, qui dans leurs discours à l’adresse des médecins généralistes, ont insisté sur la prise en charge immédiate par un traitement à base d’antidépresseur sans JAMAIS ne faire allusion à la prise en charge psychologique largement suffisante dans plus d’un cas sur deux.[15]

Ainsi, nous disait un visiteur médical, l’un de ses pharmaciens du laboratoire LUNDBECK, lors d’un séminaire pour une société de prestation de service, affirmait que le suivi psychologique n’était pas important car d’emblée il fallait traiter pour éviter les récidives.


Or, un an plus tard, lors de ce même séminaire, la firme LUNDBECK, dans sa nouvelle campagne, proposait l’escitalopram au bout du troisième ou quatrième épisode quand il n’y a pas de résultats lors des premiers traitements. 

La contradiction est stupéfiante et en voici la preuve :

« Lorsque nous lisons de bout en bout tous les avis de la commission de transparence de la haute autorité de santé (HAS) de tous les antidépresseurs ISRS, RSNA ou, autres, TOUS donnent le même résultat dans l’épisode dépressif majeur, avec les mêmes effets indésirables (à des degrés variables) et les mêmes interactions médicamenteuses à une ou deux exceptions près. »[16]


Mais, AUCUN n’apporte une amélioration du service médical rendu majeure, et le plus grave, c’est que les dossiers fournis par les firmes à l’agence du médicament, pour prouver une ASMR, ont TOUS été rejetés avec des commentaires parfois très sévères de la HAS qui donnent des frissons dans le dos quant à la manière dont les firmes mènent leurs essais cliniques.[17]

LUNDBECK en modifiant sa propre campagne de promotion s’est enfoncé dans le mensonge car si un traitement par antidépresseur ne marche pas chez un patient, il y a autant de chance que ce soit de l’escitalopram ou une autre molécule. Rien ne garanti le succès du traitement. De plus, sans une assistance psychologique sérieuse pour déterminer les causes de la maladie, aucun traitement ne conduira réellement à une guérison. La rechute quasi immédiate à l’arrêt du traitement si la solution psychologique n’est pas envisagée entrainera le patient vers des abîmes beaucoup plus profonds et donc vers une prise en charge médicamenteuse plus longue et plus coûteuse : mais, jackpot pour les firmes pharmaceutiques !

Ce qui est vrai pour les antidépresseurs l’est aussi pour d’autres classes médicamenteuses dans lesquels les firmes se sont précipitées : les hypolipémiants, les antiulcéreux, les antipsychotiques, les antiépileptiques, les antagonistes de l’angiotensine II, les antiagrégants plaquettaires, les antiviraux HIV, les immunosuppresseurs.

Ces dix classes thérapeutiques assurent 30% des ventes mondiales des firmes pharmaceutiques. [18]

Tous les discours des laboratoires se ressemblent : « nous avons le meilleur produit, nous sommes leader du marché, avons la meilleure efficacité... ». Mais la réalité est tout autre. Comme nous l’avons souligné plus haut, tous les produits présentés (hormis peut-être les vaccins et encore..) ne sont, en réalité, que des copies de ce qui existe déjà, sans grand intérêt thérapeutique. En revanche, le discours marketing, lui, évolue en faisant avaler de grosses couleuvres aux médecins.

En consultant les données officielles de la HAS et certaines revues médicales indépendantes (prescrire en France, bip31 (bulletin d’information de pharmacovigilance de Toulouse))[19] on se fait une idée rationnelle de l’état de la recherche pharmaceutique mondiale. Le seul but aujourd’hui pour les firmes pharmaceutiques et de faire augmenter d’années en années les profits au détriment de la recherche.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :[20]

Firmes
CA ($) (2008)
R&D (% CA)
Marketing (%CA)
ABBOTT
29, 527, 552,000
19.10
28.56
GSK
24, 352, 000,000 (£)
15.20
31.4
ASTRA ZENECA
31, 061, 000,000
16.40
35.13
PFIZER
24, 296, 000,000
16.50
30.10
SANOFI AVENTIS
27, 645, 000,000 (€)
15.53
49.68
Firmes
CA ($) (2009)
R&D (% CA)
Marketing (%CA)
NOVARTIS
44, 267, 000,000
16,87
27,22
SANOFI AVENTIS
29, 306, 000,000(€)
15,63
26,80
PFIZER
50, 009, 000,000
15,70
29,70


Comme nous le constatons, les CA ne cessent de s’envoler tandis que la recherche, au meilleur des cas, bénéficie d’une faible progression.

Ces résultats obtenus par ces exemples reflètent l’ensemble des résultats acquis par les firmes pharmaceutiques.


Non satisfait de ces résultats et pour augmenter leurs profits, les firmes pharmaceutiques lorgnent maintenant sur les pharmacies par le biais de leurs délégués pharmaceutiques. Bons de commandes en main, les voilà qui déferlent sur les officines. Une pratique qui s’avère encore dangereuse en considérant le médicament comme une banale marchandise (ce qui est déjà le cas chez le médecin) et en jouant sur les ristournes accordées aux pharmaciens.


D’autant plus qu’à ce niveau, la loi DMOS [21] est obsolète et les cadeaux pleuvent pour inciter les pharmaciens à commander tel ou tel produit.

Les risques pour le patient ? En voici quelques-uns :
  1. Encouragement à l’automédication avec tous les risques sanitaires et économiques que cela engendre.
  2. Multiplication du risque d’effets indésirables graves et/ou d’interactions médicamenteuses.
  3. Délivrance du médicament hors indications.
  4. Contourner la consultation chez le médecin et donc risque de passer à côté de pathologies sérieuses malgré des symptômes courants.
Publicité grand public : silence et complicité des agences du médicament.

Autoriser la publicité d’un médicament quel qu’il soit est incohérent par rapport au risque de ce produit sur la santé. Quel qu’il soit, le médicament doit être pris en accord total avec son médecin car ses éventuels effets indésirables (et tous les médicaments en possèdent) peuvent être l’origine de graves conséquences sanitaires et conduisent dans certains cas au décès du patient.

Or, l’agence européenne du médicament (EMEA) [22]a autorisé la publicité par voie de presse générale et même à la télévision.

Et voici un exemple simple qui montre toute la contradiction du système :
  •   Une publicité vante, à la télévision, les effets de l’ibuprofène (ADVIL TAB 400mg). Or, cette molécule a été l’objet de plusieurs études montrant la nocivité de l’ibuprofène que ce soit chez l’adulte ou l’enfant avec des conséquences graves : hospitalisation chez l’enfant en cas de varicelle, apparition d’insuffisance rénale, hypertension artérielle chez l’adulte, etc.... Le même dosage étant générique et donc prescrit. Le fait que la firme est juste modifiée la galénique et le déclare non remboursable autorise celle-ci à diffuser des messages publicitaires. 
    Etrange ! Encore une fois, les firmes utilisent l’ambigüité des autorités sanitaires et l’absence de politique rigoureuses du médicament. 

  •   Ainsi de nombreuses personnes vont sans doute se précipiter en pharmacie pour acheter ce médicament sans savoir le risque qu’ils encourent au nom de la sacrosainte loi de la liberté de commerce et des pressions des firmes pharmaceutiques sur les décideurs. 

  •   Même les médecins ne sont pas à l’abri de ce déluge de publicité. Les nombreuses revues médicales à leur disposition sont sponsorisées par les firmes pharmaceutiques, donc leur crédibilité et leur indépendance sont largement entamées. L’absence d’une prise en charge par l’état de l’information et de la formation médicale a ouvert un boulevard aux firmes pharmaceutiques qui utilisent les différents canaux de communication pour contrôler l’ensemble de l’espace médiatique. 

    Fort heureusement, des voix s’élèvent ici et là dans le monde médical pour dénoncer de telles pratiques et tenter de résorber le vide informatif.

    Ainsi, la revue « prescrire » indépendante permet un accès à une véritable information médicale juste et surtout objective. En Europe, des revues similaires existent mais sont hélas peu connu : en Belgique (FOLIA, MINERVA), en Allemagne (Arzneï-Télegramm) et bien d’autres encore. Des associations également travaillent dans le sens de la transparence de l’industrie pharmaceutique et demande la diffusion des informations tenues secrètes par les firmes notamment, lors des essais cliniques en phase I (ISDB), (Healthy Skepticism, Fondation sciences citoyennes..). 
Que faire ?
  •   Réinventer la visite médicale : la démarche commerciale des firmes pharmaceutiques est inacceptable et insupportable. Il est bien établi que la visite médicale actuelle n’a d’autre but que de faire prescrire des médicaments déjà connu sous d’autres noms commerciaux (me too) et n’apportent pratiquement rien en terme de bénéfice patient.

    Il serait plus judicieux de placer la visite médicale sous tutelle directe d’une structure indépendante raccordée à la haute autorité de santé et de l’agence du médicament (Afssaps) et apportant au médecin non pas une information subjective (ce qui est le cas aujourd’hui) mais un éclairage sur les risques de prescription de tel ou tel produit et présenter ce qu’il y a de plus récent en terme d’études indépendantes sur les pathologies courantes ou rares. Il y aurait un véritable échange de connaissances et une meilleure prise en charge des malades notamment sur les risques d’effets indésirables, d’automédication et d’indications. Pour un tel travail, il suffirait de créer des journées de formation et d’échanges à la charges des pouvoirs publics (ne sont-ils pas responsables de la santé de leurs citoyens ?) où les médecins auraient le temps d’échanger leurs expériences et d’être informés en toute sérénité. 

  •   Recentrer la recherche médicale : la recherche médicale fondamentale ne doit pas être la propriété de fonds privés orientant comme bon leur semble les thèmes de recherche en ne tenant compte que de leurs bénéfices futurs, mais elle doit être la propriété exclusive des états qui ont obligation de leur plan de santé. [23]

    Depuis plus de vingt années, les firmes pharmaceutiques se sont emparées des plus grandes recherches universitaires pour développer des molécules et ont engrangé au détriment des chercheurs universitaires des centaines de millions de dollars de bénéfices. [24] 

  • Or ces molécules, et nous l’avons montré plus haut, représente une infime partie des besoins mondiaux en soins. Mais elles rapportent gros. 

  • En revanche, les dépenses liées au marketing représentent deux fois plus. D’ailleurs certaines firmes n’hésitent plus à déclarer haut et fort la fermeture prochaine de centres de recherches et le recentrage des ventes en pharmacie (SANOFI AVENTIS février 2010).
  • La santé publique est une priorité nationale.

  •   Renforcer le rôle des centres de pharmacovigilance : faire de ces centres les sentinelles de la pharmacovigilance en incluant dans le processus de remontée des effets indésirables : « le patient ».

    Faire remonter un effet indésirable directement à la firme pharmaceutique peut représenter un inconvénient : « la dissimulation du cas » pour préserver les ventes. C’est pourtant la procédure en vigueur actuellement et à laquelle s’emploient les visiteurs médicaux. Il serait plus cohérent d’associer le patient à la remontée directe des informations de pharmacovigilance car elles seraient détaillées et fiables, sa santé étant en jeu. 

  •   Durcir les conditions d’obtention de l’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) : le Service Médical Rendu(SMR) n’est plus de notre point de vue un critère suffisant pour attribuer une AMM [25]. Les firmes ont trouvé la faille : nombre de molécules ayant une AMM dans toutes les classes thérapeutiques, n’apportent, en fait, rien de plus par rapport à ce qui existe déjà. C’est ce qu’on dénomme les « me too » pourtant un SMR leur est attribué. En revanche, l’ASMR (Amélioration du Service Médical Rendu) n’est guère attribué à un niveau important. L’exemple des antidépresseurs est flagrant. Aucune de ces molécules n’apportent un bienfait supplémentaire à la santé publique. Pourtant, ils coutent chers à la collectivité avec un remboursement à 65%. Et rien ne dit qu’ils « guérissent » réellement le patient dépressif. Le taux de rechute étant très important malgré le traitement.

    Il serait plus cohérent d’attribuer une AMM en demandant à la firme de prouver une amélioration thérapeutique de sa molécule candidate par rapport à ce qui existe déjà. En résumé : si pas d’ASMR pas d’AMM. 

  •   Transparence totale sur les essais cliniques : les états doivent déclarer d’intérêt public les études sur les essais cliniques soit en les supervisant directement et en rendant public l’ensemble des résultats obtenus (y compris en phase I), soit en obligeant les firmes sous peine d’annuler leur demande d’homologation, à transmettre en toute transparence les résultats des essais et notamment les évènements négatifs survenus lors des essais. Par ailleurs, l’étude post AMM sur le devenir du produit doit être rendue obligatoire pour confirmer les effets du médicament. 

    Du point de vu de la méthodologie, des critères doivent être imposés de sorte qu’aucun type de population ne soit sélectionné préférentiellement à un autre dans l’intérêt unique des effets positifs supposés du produit. 

    Conclusion 

  • Le but recherché de notre démarche est le retour aux fondamentaux de l’industrie pharmaceutique trop longtemps abandonné aux « loups » de la finance et très loin des préoccupations de santé. Hélas, bien des affaires dramatiques ayant coûté la vie à des dizaines de personnes et mettant directement en cause des médicaments (vioxx, zyprexxia entre autres) viennent nous rappeler l’intérêt majeur des firmes pour d’abord augmenter leur profits au détriment des soins. Mais, aussi inquiétant est l’intention de l’industrie pharmaceutique de pénétrer « l’éducation du patient » au détriment du rôle du médecin de diagnostiquer et de traiter. Les écrans de télé disposés dans les salles d’attente et diffusant des « documentaires » à l’attention des patients ont rien d’innocent : l’information donnée n’est point neutre mais très orientée et fait en sorte que les patients s’identifient à ces maux pour ensuite en parler à leur médecins. C’est la « théorie de l’émotion ». De même, les messages publicitaires défilant sur nos écrans de télévisions et vantant tel ou tel médicament ne sont pas moins innocents.

    Situer le médicament au même niveau qu’un produit de grande consommation est une grave régression et non une innovation : il peut en coûter la vie à chacun de nous. 

    Oui, à une médecine indépendante et œuvrant pour la santé. Non à une médecine marketing. 

(**) : Jean-Bernard HUNGARO, est docteur en chimie. Après une longue expérience dans l’enseignement et l’industrie pharmaceutique, il consacre son activité aujourd’hui à la formation médicale et scientifique indépendante de toute industrie. Spécialisé dans les affaires pharmaceutiques et médicales, il porte un regard objectif et indépendant sur l’évolution des soins au niveau mondial et analyse les perspectives à venir.
Cette dynamique innovante permet au lecteur d’avoir une vision globale et rigoureuse de notre système de soins, des dangers qui le guettent, mais aussi des espoirs sur les recherches médicales en cours au sein des différents laboratoires médicaux universitaires (américains, européens et autres).
Ses formations riches en documentation et en interactivité son largement sollicitées par divers publics : spécialistes (médecins, pharmaciens, biochimistes et autres), mais également par de nombreuses entreprises soucieuses de la santé au travail de leurs collaborateurs.

Déclaration de conflits d’intérêts : Jean-Bernard HUNGARO déclare n’avoir aucun conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique. BIBLIOGRAPHIE
[1] : sources leem. Voir les ite internet : www.leem.org rubrique : visite médicale.
[2] : voir : métier de la visite médicale sur le site du leem : www.leem.org
[3] : rapport de l’Inspection Générale de l’Action Sociale (IGAS), N° RM 2007, 136 pages, Septembre 2007, titre : « l’information des médecins ». Disponible sur : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/074000703/000.pdf
[4] : voir : www.esculape.com/cqfd/smr_asmr.html , consulté le 29 février 2010.
[5] : Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) : www.afssaps.fr , rubrique : répertoire des génériques.
[6] : « la vérité sur les compagnies pharmaceutiques, comment elles nous trompent et comment les contrecarrer », Marcia ANGELL, MD. Avant propos à l’édition française et traduction : Philippe EVEN, MD, M, Sc. 2005, éditions « le mieux être » pages : 70-81.
[7] : voir le site internet : www.centres-pharmacovigilances.net
[8], [9], [10]: revue « Prescrire », N° 309, juillet 2009, p. 526. Lire également sur les risques liés à la prise d’ibuprofène :
« American Journal Thérapeutics, 7 :63, 2000 »,
« Journal Clinical Pharmacology, 30 :468, 1990 »,
«Rapport du docteur Nadine Murat-CHARROUF, Université de Rennes, Service Médical Gériatrie, 05 février 2009, disponible sur :
http://www.dfmc.univ.rennes1.fr/IMG/pdf/Dr_Murat_-_Iatrogenie_-_05-02-09_Mode_de_compatibilite_.pdf
[11] : « la vérité sur les compagnies pharmaceutiques, comment elles nous trompent et comment les contrecarrer », Marcia ANGELL, MD. Avant propos à l’édition française et traduction : Philippe EVEN, MD, M, Sc. 2005, éditions « le mieux être » Pages : 173-186 ». [12] : « Ces médicaments qui nous rendent malades», Sauveur BOUKRIS, 2009, éditions « le cherche midi », Pages : 199-205.
[13] : « Ces médicaments qui nous rendent malades», Sauveur BOUKRIS, 2009, éditions « le cherche midi », Pages : 173-190.
[14] : voir : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/984001548/index.shtml
[15]: voir le rapport de la commission de la transparence de la haute autorité de sante (HAS) sur : http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_657710/seroplex , N° CT.5257-2.
[16] : voir le site de la haute autorité de santé : www.has-santé.fr , les avis de commission de transparence (ACT) des molécules : clomipramine, venlaflaxine, miansérine, fluroxamine, doxépine, imipramine, duloxétine, tianeptine, viloxazine, désipramide, dosulépine, maprotiline, moclobémide, mirtazapine, milnacipran, paroxétine, citalopram, escitalopram, amoxapine, fluoxétine.
[17] : voir le rapport de la commission de transparence de la molécule : « Imipramine » sur le site de la haute autorité de santé :
www.has-sante.fr , rubrique : médicament, sous-rubrique : avis.
[18] : voir le site du Leem : www.leem.org , rubrique : marché mondial.
[19] : voir le site du centre de pharmacovigilance de Toulouse, sous la direction du Professeur Jean-Louis MONTASTRUC sur le site :
www.bip31.fr .
[20] : voir le site internet des firmes directement et chercher : « Financial report ».
[21] : loi DMOS (Diverses Mesures d’Ordre Sociales) du 27 janvier 1993, modifiée par la loi de Mai 2002. Article L-4113-6 du Code de la Santé Publique (CSP), disponible sur : www.legifrance.gouv.fr
[22] : EMEA : European Medicines Agency : Agence européenne du médicament. www.emea.europa.eu
[23) : Loi de financement de la sécurité sociale votée chaque année par le parlement « LFSS »
[24] : « la vérité sur les compagnies pharmaceutiques, comment elles nous trompent et comment les contrecarrer », Marcia ANGELL, MD. Avant propos à l’édition française et traduction : Philippe EVEN, MD, M, Sc. 2005, éditions « le mieux être » pages : 39-54.
[25] : Voir le site de l’afssaps : www.afssaps.fr , rubrique : comment constituer un dossier AMM ?