Par Jean-Bernard HUNGARO (**), Expert en santé publique Septembre 2011
Firmes | CA ($) (2008) | R&D (% CA) | Marketing (%CA) |
ABBOTT | 29, 527, 552,000 | 19.10 | 28.56 |
GSK | 24, 352, 000,000 (£) | 15.20 | 31.4 |
ASTRA ZENECA | 31, 061, 000,000 | 16.40 | 35.13 |
PFIZER | 24, 296, 000,000 | 16.50 | 30.10 |
SANOFI AVENTIS | 27, 645, 000,000 (€) | 15.53 | 49.68 |
Firmes | CA ($) (2009) | R&D (% CA) | Marketing (%CA) |
NOVARTIS | 44, 267, 000,000 | 16,87 | 27,22 |
SANOFI AVENTIS | 29, 306, 000,000(€) | 15,63 | 26,80 |
PFIZER | 50, 009, 000,000 | 15,70 | 29,70 |
- Encouragement à l’automédication avec tous les risques sanitaires et économiques que cela engendre.
- Multiplication du risque d’effets indésirables graves et/ou d’interactions médicamenteuses.
- Délivrance du médicament hors indications.
- Contourner la consultation chez le médecin et donc risque de passer à côté de pathologies sérieuses malgré des symptômes courants.
Et voici un exemple simple qui montre toute la contradiction du système :
- Une publicité vante, à la télévision, les effets de l’ibuprofène (ADVIL TAB 400mg). Or, cette molécule a été l’objet de plusieurs études montrant la nocivité de l’ibuprofène que ce soit chez l’adulte ou l’enfant avec des conséquences graves : hospitalisation chez l’enfant en cas de varicelle, apparition d’insuffisance rénale, hypertension artérielle chez l’adulte, etc.... Le même dosage étant générique et donc prescrit. Le fait que la firme est juste modifiée la galénique et le déclare non remboursable autorise celle-ci à diffuser des messages publicitaires.Etrange ! Encore une fois, les firmes utilisent l’ambigüité des autorités sanitaires et l’absence de politique rigoureuses du médicament.
- Ainsi de nombreuses personnes vont sans doute se précipiter en pharmacie pour acheter ce médicament sans savoir le risque qu’ils encourent au nom de la sacrosainte loi de la liberté de commerce et des pressions des firmes pharmaceutiques sur les décideurs.
- Même les médecins ne sont pas à l’abri de ce déluge de publicité. Les nombreuses revues médicales à leur disposition sont sponsorisées par les firmes pharmaceutiques, donc leur crédibilité et leur indépendance sont largement entamées. L’absence d’une prise en charge par l’état de l’information et de la formation médicale a ouvert un boulevard aux firmes pharmaceutiques qui utilisent les différents canaux de communication pour contrôler l’ensemble de l’espace médiatique.
Fort heureusement, des voix s’élèvent ici et là dans le monde médical pour dénoncer de telles pratiques et tenter de résorber le vide informatif.
Ainsi, la revue « prescrire » indépendante permet un accès à une véritable information médicale juste et surtout objective. En Europe, des revues similaires existent mais sont hélas peu connu : en Belgique (FOLIA, MINERVA), en Allemagne (Arzneï-Télegramm) et bien d’autres encore. Des associations également travaillent dans le sens de la transparence de l’industrie pharmaceutique et demande la diffusion des informations tenues secrètes par les firmes notamment, lors des essais cliniques en phase I (ISDB), (Healthy Skepticism, Fondation sciences citoyennes..).
- Réinventer la visite médicale : la démarche commerciale des firmes pharmaceutiques est inacceptable et insupportable. Il est bien établi que la visite médicale actuelle n’a d’autre but que de faire prescrire des médicaments déjà connu sous d’autres noms commerciaux (me too) et n’apportent pratiquement rien en terme de bénéfice patient.
Il serait plus judicieux de placer la visite médicale sous tutelle directe d’une structure indépendante raccordée à la haute autorité de santé et de l’agence du médicament (Afssaps) et apportant au médecin non pas une information subjective (ce qui est le cas aujourd’hui) mais un éclairage sur les risques de prescription de tel ou tel produit et présenter ce qu’il y a de plus récent en terme d’études indépendantes sur les pathologies courantes ou rares. Il y aurait un véritable échange de connaissances et une meilleure prise en charge des malades notamment sur les risques d’effets indésirables, d’automédication et d’indications. Pour un tel travail, il suffirait de créer des journées de formation et d’échanges à la charges des pouvoirs publics (ne sont-ils pas responsables de la santé de leurs citoyens ?) où les médecins auraient le temps d’échanger leurs expériences et d’être informés en toute sérénité.
- Recentrer la recherche médicale : la recherche médicale fondamentale ne doit pas être la propriété de fonds privés orientant comme bon leur semble les thèmes de recherche en ne tenant compte que de leurs bénéfices futurs, mais elle doit être la propriété exclusive des états qui ont obligation de leur plan de santé. [23]
Depuis plus de vingt années, les firmes pharmaceutiques se sont emparées des plus grandes recherches universitaires pour développer des molécules et ont engrangé au détriment des chercheurs universitaires des centaines de millions de dollars de bénéfices. [24]
Or ces molécules, et nous l’avons montré plus haut, représente une infime partie des besoins mondiaux en soins. Mais elles rapportent gros.
- En revanche, les dépenses liées au marketing représentent deux fois plus. D’ailleurs certaines firmes n’hésitent plus à déclarer haut et fort la fermeture prochaine de centres de recherches et le recentrage des ventes en pharmacie (SANOFI AVENTIS février 2010). La santé publique est une priorité nationale.
- Renforcer le rôle des centres de pharmacovigilance : faire de ces centres les sentinelles de la pharmacovigilance en incluant dans le processus de remontée des effets indésirables : « le patient ».
Faire remonter un effet indésirable directement à la firme pharmaceutique peut représenter un inconvénient : « la dissimulation du cas » pour préserver les ventes. C’est pourtant la procédure en vigueur actuellement et à laquelle s’emploient les visiteurs médicaux. Il serait plus cohérent d’associer le patient à la remontée directe des informations de pharmacovigilance car elles seraient détaillées et fiables, sa santé étant en jeu.
- Durcir les conditions d’obtention de l’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) : le Service Médical Rendu(SMR) n’est plus de notre point de vue un critère suffisant pour attribuer une AMM [25]. Les firmes ont trouvé la faille : nombre de molécules ayant une AMM dans toutes les classes thérapeutiques, n’apportent, en fait, rien de plus par rapport à ce qui existe déjà. C’est ce qu’on dénomme les « me too » pourtant un SMR leur est attribué. En revanche, l’ASMR (Amélioration du Service Médical Rendu) n’est guère attribué à un niveau important. L’exemple des antidépresseurs est flagrant. Aucune de ces molécules n’apportent un bienfait supplémentaire à la santé publique. Pourtant, ils coutent chers à la collectivité avec un remboursement à 65%. Et rien ne dit qu’ils « guérissent » réellement le patient dépressif. Le taux de rechute étant très important malgré le traitement.
Il serait plus cohérent d’attribuer une AMM en demandant à la firme de prouver une amélioration thérapeutique de sa molécule candidate par rapport à ce qui existe déjà. En résumé : si pas d’ASMR pas d’AMM.
- Transparence totale sur les essais cliniques : les états doivent déclarer d’intérêt public les études sur les essais cliniques soit en les supervisant directement et en rendant public l’ensemble des résultats obtenus (y compris en phase I), soit en obligeant les firmes sous peine d’annuler leur demande d’homologation, à transmettre en toute transparence les résultats des essais et notamment les évènements négatifs survenus lors des essais. Par ailleurs, l’étude post AMM sur le devenir du produit doit être rendue obligatoire pour confirmer les effets du médicament.
Du point de vu de la méthodologie, des critères doivent être imposés de sorte qu’aucun type de population ne soit sélectionné préférentiellement à un autre dans l’intérêt unique des effets positifs supposés du produit.Conclusion
Le but recherché de notre démarche est le retour aux fondamentaux de l’industrie pharmaceutique trop longtemps abandonné aux « loups » de la finance et très loin des préoccupations de santé. Hélas, bien des affaires dramatiques ayant coûté la vie à des dizaines de personnes et mettant directement en cause des médicaments (vioxx, zyprexxia entre autres) viennent nous rappeler l’intérêt majeur des firmes pour d’abord augmenter leur profits au détriment des soins. Mais, aussi inquiétant est l’intention de l’industrie pharmaceutique de pénétrer « l’éducation du patient » au détriment du rôle du médecin de diagnostiquer et de traiter. Les écrans de télé disposés dans les salles d’attente et diffusant des « documentaires » à l’attention des patients ont rien d’innocent : l’information donnée n’est point neutre mais très orientée et fait en sorte que les patients s’identifient à ces maux pour ensuite en parler à leur médecins. C’est la « théorie de l’émotion ». De même, les messages publicitaires défilant sur nos écrans de télévisions et vantant tel ou tel médicament ne sont pas moins innocents.
Situer le médicament au même niveau qu’un produit de grande consommation est une grave régression et non une innovation : il peut en coûter la vie à chacun de nous.
Oui, à une médecine indépendante et œuvrant pour la santé. Non à une médecine marketing.
Cette dynamique innovante permet au lecteur d’avoir une vision globale et rigoureuse de notre système de soins, des dangers qui le guettent, mais aussi des espoirs sur les recherches médicales en cours au sein des différents laboratoires médicaux universitaires (américains, européens et autres).
Ses formations riches en documentation et en interactivité son largement sollicitées par divers publics : spécialistes (médecins, pharmaciens, biochimistes et autres), mais également par de nombreuses entreprises soucieuses de la santé au travail de leurs collaborateurs.
Déclaration de conflits d’intérêts : Jean-Bernard HUNGARO déclare n’avoir aucun conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique. BIBLIOGRAPHIE
[1] : sources leem. Voir les ite internet : www.leem.org rubrique : visite médicale.
[2] : voir : métier de la visite médicale sur le site du leem : www.leem.org
[3] : rapport de l’Inspection Générale de l’Action Sociale (IGAS), N° RM 2007, 136 pages, Septembre 2007, titre : « l’information des médecins ». Disponible sur : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/074000703/000.pdf
[4] : voir : www.esculape.com/cqfd/smr_asmr.html , consulté le 29 février 2010.
[5] : Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) : www.afssaps.fr , rubrique : répertoire des génériques.
[6] : « la vérité sur les compagnies pharmaceutiques, comment elles nous trompent et comment les contrecarrer », Marcia ANGELL, MD. Avant propos à l’édition française et traduction : Philippe EVEN, MD, M, Sc. 2005, éditions « le mieux être » pages : 70-81.
[7] : voir le site internet : www.centres-pharmacovigilances.net
[8], [9], [10]: revue « Prescrire », N° 309, juillet 2009, p. 526. Lire également sur les risques liés à la prise d’ibuprofène :
« American Journal Thérapeutics, 7 :63, 2000 »,
« Journal Clinical Pharmacology, 30 :468, 1990 »,
«Rapport du docteur Nadine Murat-CHARROUF, Université de Rennes, Service Médical Gériatrie, 05 février 2009, disponible sur : http://www.dfmc.univ.rennes1.fr/IMG/pdf/Dr_Murat_-_Iatrogenie_-_05-02-09_Mode_de_compatibilite_.pdf
[11] : « la vérité sur les compagnies pharmaceutiques, comment elles nous trompent et comment les contrecarrer », Marcia ANGELL, MD. Avant propos à l’édition française et traduction : Philippe EVEN, MD, M, Sc. 2005, éditions « le mieux être » Pages : 173-186 ». [12] : « Ces médicaments qui nous rendent malades», Sauveur BOUKRIS, 2009, éditions « le cherche midi », Pages : 199-205.
[13] : « Ces médicaments qui nous rendent malades», Sauveur BOUKRIS, 2009, éditions « le cherche midi », Pages : 173-190.
[14] : voir : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/984001548/index.shtml
[15]: voir le rapport de la commission de la transparence de la haute autorité de sante (HAS) sur : http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_657710/seroplex , N° CT.5257-2.
[16] : voir le site de la haute autorité de santé : www.has-santé.fr , les avis de commission de transparence (ACT) des molécules : clomipramine, venlaflaxine, miansérine, fluroxamine, doxépine, imipramine, duloxétine, tianeptine, viloxazine, désipramide, dosulépine, maprotiline, moclobémide, mirtazapine, milnacipran, paroxétine, citalopram, escitalopram, amoxapine, fluoxétine.
[17] : voir le rapport de la commission de transparence de la molécule : « Imipramine » sur le site de la haute autorité de santé :
www.has-sante.fr , rubrique : médicament, sous-rubrique : avis.
[18] : voir le site du Leem : www.leem.org , rubrique : marché mondial.
[19] : voir le site du centre de pharmacovigilance de Toulouse, sous la direction du Professeur Jean-Louis MONTASTRUC sur le site :
www.bip31.fr .
[20] : voir le site internet des firmes directement et chercher : « Financial report ».
[21] : loi DMOS (Diverses Mesures d’Ordre Sociales) du 27 janvier 1993, modifiée par la loi de Mai 2002. Article L-4113-6 du Code de la Santé Publique (CSP), disponible sur : www.legifrance.gouv.fr
[22] : EMEA : European Medicines Agency : Agence européenne du médicament. www.emea.europa.eu
[23) : Loi de financement de la sécurité sociale votée chaque année par le parlement « LFSS »
[24] : « la vérité sur les compagnies pharmaceutiques, comment elles nous trompent et comment les contrecarrer », Marcia ANGELL, MD. Avant propos à l’édition française et traduction : Philippe EVEN, MD, M, Sc. 2005, éditions « le mieux être » pages : 39-54.
[25] : Voir le site de l’afssaps : www.afssaps.fr , rubrique : comment constituer un dossier AMM ?