Médicalisation des problèmes socio-économiques : « halte à la surconsommation médicamenteuse inutile »
Par Jean-Bernard HUNGARO (**), expert médical en santé publique. Mai 2011
Introduction
Dans la dernière étude qui date de 2007 en France, les ventes de médicaments de prescriptions sont les plus élevés d’Europe (7) :
Pays | CA (ventes aux officines par hab. prix fab. HT) € | Quantité par hab. | Prix fab.par unité standard (*) € |
France | 284,00 | 1535 | 0.18 |
Allemagne | 244,00 | 1049 | 0.23 |
Royaume-Uni | 202,00 | 1136 | 0.18 |
Italie | 202,00 | 746 | 0.27 |
Espagne | 193,00 | 1023 | 0.19 |
Moyenne | 210 ,00 | 989 | 0.22 |
Pays | Dépenses par hab. et par an (€) |
France | 118,00 |
Allemagne | 72,00 |
Italie | 94,00 |
Espagne | 79,00 |
Royaume Uni | 88,00 |
8 18
56 70
21 23
15 20 144 82
110 108 118
Tranquillisants 5 36 40 22 6 IPP 12 29 22 16 19
Calcul CNAMTS- source IMS HEALTH 2006- unites standard par habitant
Italie RU 2,3 4,5 12,7 4,4
Dont statines
Produits de l’hypertension artérielle Dont IEC et Sartans Antidépresseurs
Tranquillisants IPP
6,6 28,2
15,8 6,2 0,4 9,2
14,6 21,2 10,3 9,0 1,8 2,1
9,6 16,5
21,6 11,5 5,5 8,3 4,0 0,7
12,0 9,2
Calcul CNAMTS- source IMS HEALTH 2006- coût moyen par habitant en euros.
Omeprazole + Lanzoprazole Autres IPP
47 |
53 |
16 |
84 |
49 |
51 |
49 |
51 |
17 |
83 |
Allemagne | Espagne | France | Italie | RU | |
Esomeprazole | 0,87 | 1,00 | 0,92 | 0,96 | 0,97 |
Lanzoprazole | 0,72 | 0,72 | 0,78 | 0,41 | 0,38 |
Omeprazole | 0,59 | 0,18 | 0,61 | 0,98 | 0,46 |
Pantoprazole | 0,85 | 0,73 | 0,73 | 0,68 | 0,74 |
Rabeprazole | 0,85 | 0,87 | 0,75 | 0,74 | 0,77 |
Ensemble des IPP | 0,74 | 0,33 | 0,74 | 0,74 | 0,49 |
Cas des statines
répartition des différentes molécules (en unités standard) 2006
Italie RU
33
35
Espagne
- ASMR I pour la pravastatine
- Avis favorable pour la simvastatine
- Aucun ASMR pour les autres molécules.
- La pravastatine et le simvastatine ont montré une diminution significative de la morbimortalité. Mais l’atorvastatine présente une baisse de la morbidité sans baisse de la mortalité. (11)Or, les taux de répartition des molécules en unités standard montrent des taux élevés pour l’atorvastatine dans quatre pays malgré les avis réservés des autorités françaises et européennes. En première explication, on peut attribuer cela à l’impact de l’information médicale trompeuse sur la réalité de la molécule.Par ailleurs, la facilité de prescription de ces molécules amène à la réflexion suivante :
- L’évaluation du risque chez les patients hyperlipidémiants est-il assez évalué ?
- Mesure- t- on l’impact d’une telle prescription chez la personne âgée poly-médiquée ?
Les médicaments qui induisent une hyperlipidémie, interagissent avec les traitements hypolipidémiants. Parmi eux (12):
- L’évaluation du risque chez les patients hyperlipidémiants est-il assez évalué ?
- Les médicaments androgènes
- Le tamoxifène
- Le torémifène
- Le fulvastrant
- Les contraceptifs estroprogestatifs
- Le traitement hormonal substitutif
- Les corticoïdes
- Isotretinoïne
- Bexarotène
- Capecitabine
- Tensirolimus
- Interféron alfa
- Ciclosporines
- Tacromilus
- Sirolimus
- Everolimus
- Tocilizumab
- Inhibiteurs nucléotidiques.
Espérance de vie : une mauvaise interprétation
Dix millions de personnes sont âgées de plus de 65 ans en France soit 17% de la population.1,5 millions d’entre elles soit 15% consomment quotidiennement 7 médicaments de classes thérapeutiques différentes. (13) En 2004, les données de santé publique montrent que 8 millions de personnes étaient enregistrées en Affection Longue Durée (ALD) dont 65% de personnes âgées. Entre 1994 et 2004, la croissance ALD était de +5,7%/an. La même année, l’ALD représentait 14% des assurés de l’assurance maladie mais ils contribuaient à hauteur de 60% des dépenses de l’assurance maladie. Les prévisions visent 70% des dépenses à l’horizon 2015. En 2008, 8,3 millions de personnes étaient enregistrées en ALD soit 1 personne sur 7. Ce qui représente pour le régime général de la sécurité sociale : 280 000 admissions ALD/an soit une progression annuelle de +3,5%. Par ailleurs, le nombre de maladies par personne en ALD a augmenté (1,22 en 2008 contre 1,14 en 2004). Qui sont les personnes en ALD ? Elles sont majoritairement âgées avec un âge moyen de 61,5 ans, mais les jeunes adultes ne sont pas pour autant épargnés. Cet âge moyen est de moins de 45 ans pour cinq pathologies :
- Mucoviscidose (19ans)
- Scoliose structurale (21 ans)
- Hémoglobinopathies et hémolyse (27 ans)
- VIH (43ans)
- Myopathies (44ans)
- Troubles psychiatriques (48ans)
Les deux sexes sont touchés :
- Les femmes : elles sont 51,8% en ALD
- Dans la tranche d’âge 70-74ans, le taux des assurés ALD est de : 50% pour les hommes et
37% pour les femmes.
- Les femmes : elles sont 51,8% en ALD
- 72,7% des cancers des poumons.
- 69,5% des maladies coronariennes.
- 66,7% des infections par VIH.
Les femmes concentrent :
- 82.3% des maladies de système (péri artérite noueuse, lupus, sclérodermie)
- 82% des scolioses structurales
- 73,9% des polyarthrites rhumatoïdes
- 73% des scléroses en plaques
- 73,9 de la maladie d’Alzheimer
- 82.3% des maladies de système (péri artérite noueuse, lupus, sclérodermie)
Répartition des ALD chez l'homme en fonction de l'âge 2008. 90 et + 80-84 70-74 60-64 50-54 40-44 30-34 20-24 10-19ans 0-4 53733 171909 306464 308160 420516
440366
415332
474687
422317 179141 231787 91114133541 73597 59359 56027
55443
55749
35188 |
90 et + 80-84 70-74 60-64 50-54 40-44 30-34 20-24 10-19ans 0-4 190795 345901 447069 470614 414000 355309 403509 389167 Répartition des ALD chez la femme en fonction de l'âge 2008 191125 249798 92136 141927 71332 56811 52243 44036 36696 26093 319377 |
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Cela nous amène à deux réflexions :
- Vivre vieux aujourd’hui ne veut absolument pas dire vivre vieux en bonne santé comme veulent bien nous le faire croire les discours officiels.
- L’apparition d’une pathologie classée ALD chez une personne est le prélude à une succession d’ALD qui apparaîtra dans les années suivantes.
- Paraplégie (78,4%)
- Suite de transplantation d’organe (73,3%)
- Mucoviscidose (73,1%)
- Infection par VIH (70,2%)
- Sclérose en plaque (68,6%)
1,8% en France
1,7% au Canada
1,6% en Allemagne
Mais 1,9% aux USA
Les causes de décès sont de 84,2% pour les ALD contre 69,7% en 1998 !!
Ce qui est important de connaître c’est l’espérance de vie « en bonne santé » qui mesure le réel état d’une population, de sa santé et de son bien être. Là, les chiffres sont très éloignés de ce qui est avancé par ailleurs. Ainsi, l’Europe est disparate et des surprises apparaissent dans des pays ou l’on ne s’imagine pas si bien vivre !
Ainsi, on vit moins longtemps en France en bonne santé qu’à Malte ou au Royaume-Uni. Les traditions culinaires, les particularités génétiques et les modes de vies sont les raisons du succès des uns et l’échec des autres. Le système de soins si bon soit-il, s’il ne se conjugue pas avec le respect et l’écoute du corps ne peut aboutir à soigner voire guérir.
Autriche 58,4 61,1
Belgique 63,3 63,7
Chypre 63,0 62,7
Danemark 67,4 67,4
Espagne 63,2 62,9
Estonie 49,5 54,6
Finlande 56,7 58
France 63,1 64,2
Grèce 65,9 67,1
Hongrie 55,0 Nd
Irlande 62,7 65,3
Italie 62,8 62
Lettonie 50,9 53,7
Lituanie 53,4 57,7
Luxembourg 62,2 64,6
Malte 69 70,8
Pays-Bas 65,7 63,7
Portugal 58,3 57,3
République Tchèque 61,3 63,2
Roumanie 60,4 62,4
Royaume-Uni 64,8 66,2
Slovaquie 55,4 55,9
Slovénie 58,7 62,3
Suède 67,5 66,6
UE (27 pays) 61,6 62,3
Spécialisé dans les affaires pharmaceutiques et médicales, il porte un regard objectif et indépendant sur l’évolution des soins au niveau mondial et analyse les perspectives à venir. Cette dynamique innovante permet au lecteur d’avoir une vision globale et rigoureuse de notre système de santé publique, des dangers qui le guettent, mais aussi des espoirs sur les recherches médicales en cours au sein des différents laboratoires médicaux universitaires (américains, européens et autres).
Ses formations riches en documentation et en interactivité son largement sollicitées par divers publics : spécialistes (médecins, pharmaciens, biochimistes et autres), mais également par de nombreuses entreprises soucieuses de la santé au travail de leurs collaborateurs.
Déclaration de conflits d’intérêt : Jean-Bernard HUNGARO déclare n’avoir aucuns conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique.
BIBLIOGRAPHIE
- (1) Rapport Assemblée Nationale N°848 du 30 avril 2008 présenté par madame Caroline LEMORTON députée.
- (2) Rapport de la cour des comptes
- (3) Avis du haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie : 29 juin 2006
- (4) CNAMTS : rapport du 13 mars 2008 sur les dépenses de santé.
- (5) OCDE : rapport sur la consommation de médicaments. Décembre 2006.
- (6) OCDE : rapport sur la consommation de médicaments. Décembre 2006.
- (7) DRESS : rapport 2004 sur la consommation des médicaments en Europe.
- (8) CNAMTS : point de repère N° 12.
- (9) CNAMTS : point de repère N° 12.
- (10) Avis de Commission de transparence.
- (11) Ameli : point de repère N°12 décembre 2007.
- (12) « guide prescrire 2010 » de la revue « Prescrire ».
- (13) Ameli : point de repère N°27 décembre 2009.
- (14) IPSOS 2005 : enquête sur la prescription médicale en France et en Europe.
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