- 1- Comment satisfaire une patientèle de plus en plus exigeante, informée (souvent mal) en appliquant d’abord la méthode de l’écoute ?
- 2- Comment minimiser le risque d’interactions médicamenteuses en prescrivant moins mais bien et juste ?
- 3- Est-il réellement nécessaire de prescrire à chaque consultation ?
- La mauvaise habitude de prescription en nom de marque au lieu de privilégier la DCI plus significative en termes de pharmacologie.
- La multiplication des molécules identiques « me too ».
- L’absence de données fiables, objectives, indépendantes et immédiatement disponibles pour le médecin en quête d’informations.
- La molécule elle-même et sa conception. La non transparence dans la plupart des essais cliniques financés par l’industrie pharmaceutiques (données cachées non publiées, essai versus placebo uniquement).
- Les conditions d’attribution de l’AMM (8).
- Les recommandations de la HAS (9) ,dans le cadre des plans de santé publique, parfois peu pertinentes et pouvant orienter le praticien vers une application stricte sans considérer sa propre expérience.
- Les poly pathologies. La nécessité de prescrire devant l’état du patient fait oublier le risque encouru dans la prescription de plusieurs médicaments notamment dans les maladies chroniques.
- Le peu de formation continue chez les médecins généralistes et le manque d’échanges pluridisciplinaires aggrave le risque d’erreurs.
Parmi les prescripteurs AFCI, 88% étaient des médecins généralistes.
Cinq AFCI représentaient plus de 85% des AFCI identifiées. (11)
AFCI | NOMBRE DE PRESCRIPTIONS | NOMBRE DE DELIVRANCE | NOMBRE DE PATIENTS |
antimigraineux de la famille des triptans (12) + dérivé de l’ergo de seigle (13) | 21 299 | 25 836 | 15 522 |
Lévodopa ou agonistes dopaminergiques (14) + neuroleptiques antiémétiques (15) | 7 979 | 8 994 | 4 653 |
Antibiotiques (macrolides) (16) + dérivés de l’ergo de seigle (17) | 7 022 | 7 045 | 6 531 |
Cisapride (18) +antibiotiques (macrolides) (19) | 6 446 | 6 507 | 5 806 |
Cisapride +antifongique azolé (20) | 2 469 | 2 523 | 2 128 |
L’étude étant répartie sur l’ensemble du territoire, des disparités sont apparues.
6
Fréquence de délivrance des médicaments comprenant au moins une AFCI.
URCAM
CENTRE BOURGOGNE POITOU-CHARENTES LIMOUSIN AUVERGNE
ILE- DE- FRANCE PICARDIE FRANCHE-COMTE PACA
NORD- PAS- DE- CALAIS HAUTE- NORMANDIE ALSACE
CORSE AQUITAINE FRANCE CHAMPAGNE
MIDI- PYRENEES LORRAINE LANGUEDOC-ROUSSILLON BASSE- NORMANDIE RHÔNE- ALPES PAYS- DE- LA- LOIRE BRETAGNE
Source : Assurance Maladie
Ce tableau nous renseigne sur trois éléments clés
11 240 004 2777 2.4 7 371 697 1710 2.3 7 869 006 1795 2.3 3 302 629 733 2.2 5 840 147 1281 2.2
53 880 976 12922 2.1 10 184 707 2233 2.1 5 613 126 1203 2.1 25 471 131 5311 2.1 25 061 862 5139 2.0 9 938 437 1979 2.0 9 782 896 1946 1.9 1 085 554 217 1.9 14 211 015 2773 1.9 299 923 446 58823 1.9
:
risque. Globalement l’ensemble des médecins des interactions médicamenteuses avec des
Aucune région n’est épargnée par les prescriptions à
sont confrontés à la même problématique de gestion
risques plus forts en région centre qu’en Bretagne par exemple.
- La délivrance massive sans contrôle pose la question du rôle du pharmacien en temps que vérificateur d’ordonnance et conseil au patient. Une sensibilisation doit se faire à ce niveau et une formation plus poussée sur les interactions médicamenteuses et les risques de iatrogénie.
- Les prescriptions restent élevées dans notre pays et l’équation consultation = prescription ? peut être posée déjà au début de cette analyse.
Les patients concernés varient également d’une région à l’autre mais les résultats corroborent les délivrances ci- dessus et montrent l’incroyable facilité de délivrance en pharmacie de ville. (Tableau 2)
LIMOUSIN 503 12
POITOU- CHARENTES
AQUITAINE 1845 10
MIDI –PYRENEES
CENTRE 1677 10
HAUTE- NORMANDIE
ALSACE 1288 10
10 10 10 9 9
ILE- DE- France
LANGUEDOC- ROUSSILLON
BOURGOGNE 1009 9
9 7 6 6 6
Source : Assurance Maladie
638
2377
1424
1027
de délivrances comportant au moins l’une des onze AFCI ciblées par type d’AFCI
AFCI | NOMBRE DE PRESCRIPTIONS COMPORTANT AU MOINS L’UNE DES ONZE AFCI CIBLEES | NOLMBRE DE DELIVRANCES COMPORTANT AU MOINS L’UNE DES ONZE AFCI CIBLEES |
IMAO / MORPHINOMIMETIQUES | 1 893 | 2 184 |
DEUX FIBRATES ENSEMBLES | 1 639 | 2 231 |
SULFAMIDES HYPOGLYCEMIANTS / MICONAZOLE | 1 278 | 1 337 |
CYCLINES / RETINOIDES | 1 102 | 1 157 |
STATINES / KETOCONAZOLE | 458 | 512 |
ANTICOAGULANTS ORAUX / MICONAZOLE | 477 | 487 |
TRIPTANT / DERVES ERGOT DE SEIGLE | 21 299 | 25 836 |
LEVODOPA / NEUROLEPTIQUES ANTIEMETIQUES | 7 979 | 8 994 |
ATB (MACROLIDES) / DERIVES ERGOT DE SEIGLE | 7 022 | 7 045 |
CISAPRIDE / ATB (MACROLIDE) | 6 446 | 6 507 |
CISAPRIDE / ANTIFONGIQUES AZOLES | 2 469 | 2 523 |
TOTAUX POUR ONZE AFCI CIBLEES | 52 062 | 58 823 |
Répartition des AFCI dans les différentes tranches d’âges (en %)
2 128
1 106
753 751
738
Répartition des patients par tranche d’âge (%)
3.2
8.0
43.8
12.8
27.8
1.1
17.8
39.4
39.4
9.2
10.4
38.6 12.5 28.9 11.9
KETOCONAZOLE
TOTAUX
Source : Assurance Maladie
Prescripteurs par type AFCI et Pharmacies ayant délivrées l’AFCI
TRIPTAN / DERIVES ERGOT DE SEIGLE ATB (MACROLIDES) / DERIVES ERGOT DE SEIGLE
CISAPRIDE / ATB (MACROLIDES) LEVODOPA / NEUROLEPTIQUES ANTIEMETIQUES CISAPRIDE / ANTIFONGIQUES AZOLES
SULFAMIDES HYPOGLYCEMIANTS / MICONAZOLE
NOMBRE %
10 550 6.9
5 477 3.6
4 608 3.0
4 039 2.7
1 697 1.1
1 014 0.7
NOMBRE %
NOMBRE %
5 327 8.2 5 387 23.1
4 033 6.2 4 844 20.8
997 1.1 1 051 4.5
MORPHINOMIMETIQUES
CYCLINES /
RETINOIDES
DEUXFIBRATES 637 0.4 583 0.9 765 3.3 ENSEMBLES
ANTICOAGULANTS 380 0.2 373 0.6 415 1.8 ORAUX / MICONAZOLE
STATINES /
KETOCONAZOLE
Source : Assurance Maladie
318 0.2
- Le taux de prévalence des effets indésirables chez les malades hospitalisés est de 10.3%
- Le taux d’incidence des hospitalisations pour incident iatrogénique grave est de 3.2%.(23)
- 12.5% des patients de plus de 70 ans admis dans les services d’accueil des centres
hospitaliers en région ont présenté un effet indésirable médicamenteux grave. Dans 20% des
cas, il ya implication directe liée au moins à la prise de deux médicaments.(24)
- Une personne âgée prenant au moins deux médicaments s’expose à un nombre d’interactions
médicamenteuses variant de 1 à 10 avec effet clinique et/ou biologique. (25)
Pour notre étude prise en référence, quelles conséquences cliniques des AFCI ? (Tableau (6)).
Tableau (6)
- Risques encourus par la prescription d’AFCI
AFCI | RISQUES |
TRIPTAN / DERIVES ERGOT DE SEIGLE | VASOCONSTRICTION ARTERIELLE |
ATB (MACROLIDES) / DERIVES ERGOT DE SEIGLE | ERGOTISME |
CISAPRIDE / ATB (MACROLIDES) | TORSADE DE POINTE |
LEVODOPA / NEUROLEPTIQUES ANTIEMETIQUES | ANTAGONISME RENDANT LES TRAITEMENTS INEFFICACES |
CISAPRIDE / ANTIFONGIQUES AZOLES | TORSADE DE POINTE |
SULFAMIDES HYPOGLYCEMIANTS / MICONAZOLE | HYPOGLYCEMIE |
IMAO / MORPHINOMIMETIQUES | SYNDROME SEROTONINERGIQUE |
CYCLINES / RETINOIDES | HYPERTENSION INTERCRANIENNE |
DEUX FIBRATES ENSEMBLES | RHABDOMYOLYSE |
ANTICOAGULANTS ORAUX / MICONAZOLE | HEMORRAGIE |
STATINES / KETOCONAZOLE | RHABDOMYOLYSE |
- Au niveau de la formation de base du médecin : la pharmacovigilance doit être une matière scientifique à part entière en occupant une place importante dans le cursus médical et pharmaceutique. La maitrise des interactions médicamenteuses et des effets indésirables est un passage incontournable dans l’administration de tout traitement. Par ailleurs, l’expérience clinique doit être la référence de base pour le médecin et l’inciter à mener une réflexion en profondeur avec ses patients sur le choix de la thérapeutique.
- Cette première approche entraine une seconde : la diminution des prescriptions médicales et donc la maîtrise des dépenses de soins et des plans de santé publique.
- Au niveau de l’attribution des AMM : la multiplication des molécules d’une même classe est la recette privilégiée des firmes pharmaceutiques au détriment de la recherche et de la réelle innovation. Les agences de médicament et l’AFSSAPS, en particulier, se basent sur le service médical rendu qui nous parait obsolète aujourd’hui. En effet, quel est l’intérêt pour le patient d’avoir une 15ème statine sur le marché ou un 20ème antidépresseur alors que leur ASMR est mineur voire nul ? Ne serait-il pas plus logique de juger un dossier que sur l’amélioration du service médical rendu ?
- Au niveau de la réalisation des essais cliniques : confier la réalisation des essais cliniques à des entreprises privées est dangereux pour la santé publique. En effet, les exemples ne manquent pas sur des cas où l’aspect commercial a prédominé sur la réelle efficacité du produit entrainant des dizaines de décès et des procès à n’en plus finir
- Au niveau du suivi de la vie du médicament : le médecin comme le pharmacien sont les acteurs incontournables de la remontée des informations de pharmacovigilance. Grâce à ces données, il est possible de demander des études complémentaires à la firme, voire retirer le produit ou exiger des informations dans telle ou telle indication dans l’intérêt de la santé publique. Or aujourd’hui, la remontée systématique des infos n’existe pas faute de temps, de lourdeurs administratives, de motivation du médecin.
Pourtant, les centres de pharmacovigilance fonctionnent plutôt bien. Les informations centralisées (en majorité de l’hôpital) sont bien répertoriées et, périodiquement, certains centres (26) émettent des bulletins riches d’enseignements pour la pratique médicale. La mesure des effets indésirables graves est une étape dans l’amélioration du médicament et du traitement en particulier. Que tous les médecins ne l’oublient pas ! - Au niveau de l’automédication : le rôle du pharmacien dans cet axe est primordial. Il est le spécialiste de la délivrance et à se titre doit prévenir, interroger et conseiller sa clientèle. Or, l’étude précitée montre bien la limite de la fonction dans les cas mentionnés. Il n’y a pas de médicament banal. Tous sont toxiques dans certaines conditions. Vendre deux boîtes de paracétamol en vente libre peut-être un acte inconscient, si l’on sait les dégâts que cela peut engendrer sur la fonction hépatique affaiblie. De même, un ibuprofène pédiatrique conseillé par un pharmacien à un enfant de six mois n’est pas le bon choix au regard du rapport bénéficie/ risque défavorable versus paracétamol.Il est inutile de transformer un mal banal en effet indésirable grave en faisant passer les intérêts économiques (marges pour les pharmaciens) avant les problèmes de santé publique. La passivité des différents gouvernements successifs en France est étonnante lorsque chez nos voisins belges et néerlandais, la prescription médicamenteuse n’est pas systématique et le renforcement de la vigilance est systématique.
1: Petit Larousse
1a : Bulletin juridique de la santé publique « Sécurité sanitaire et pharmacovigilance » ;
novembre 1998 ; 12 : 8-10.
1b : AFSSAPS : bulletin de pharmacovigilance « Bonnes Pratiques de Pharmacovigilance » ; mai 2001 : 1 :1-2.
2 : Rapport QUENEAU : la documentation française : « Rapport de mission sur la iatrogénie médicamenteuse et sa prévention » ; Mars 1998.
2a : APNET : Association Pédagogique Nationale pour l’Enseignement Thérapeutique.
« Iatrogénie observée en milieu hospitalier. A propos des 109 cas colligés à partir d’une enquête transversale de l’APNET ». QUENEAU P., CHABOT JM, RAJAONA H., BOISSIER C., GRANDMOTTET P. ; Bulletin de l’Académie de Médecine ; 1992 ; 176 ; N°4 ; 511-529.
2b: “ The nature of adverse events in hospitalised patients: results of the Harvard Medical Practice Study II “. LEAPE L., BRENNAN TA., LIARD N. and Col.; N.Eng.Jou. Med.; 1991, 324; 377 – 384. 2c:”Reporting of adverse events in hospitals in Victoria 1994-1995”.O’HARA DA, CARSON NJ; MJA, 1997, vol.166; 460-463.
3 : 31 centres de pharmacovigilance en France : consulter : www.centres-pharmacovigilance.net
4 : « Médicalisation des problèmes socio-économiques : halte à la surconsommation médicamenteuse inutile » ; Jean-Bernard HUNGARO, 26 mars 2010.
5 : OTC : Over-The-Counter : médicaments en vente libre en pharmacie de ville.
6 : « Iatrogénie chez le sujet âgé de plus de 75 ans dans un service de post urgences. Etude prospective de cohorte avec suivi à 6 mois » ; Anne-Laure FAUCHAIS, I.PLOQUIN ; la revue de médecine interne, (27) : 2006 ; 375-381.
7 : « Ces médicaments qui nous rendent malades » ; Sauveur BOUKRIS ; Le cherche Midi ; 2009 ;
p : 45-72.
8 : www.afssaps.fr ; rubrique : dossier de demande d’AMM.
9 : www.has-sante.fr ; les recommandations du HAS.
10 : l’association Pseudo éphédrine et ibuprofène est interdite de commercialisation aux USA par la FDA (Food and Drug Administration), mais est commercialisée en France sous la marque : RHINADVIL. 11 : « Onze associations formellement contre-indiquées » ; étude CNAMTS-DDRI-DSM, édité le 1er janvier 2003.
21 : « Médicalisation des problèmes socio-économiques : halte à la surconsommation médicamenteuse inutile » ; Jean-Bernard HUNGARO, 26 mars 2010.
22 : la demande en médecin généraliste est si forte que le gouvernement français a passé accord avec des pays de l’est pour recruter des médecins généraliste dans les zones rurales.
23 : IMBS. JL, POUYAU P. HARAMBURU F. « Iatrogénie médicamenteuse. Estimation de sa prévalence dans les hôpitaux français » ; Thérapie ; 1999 : 54 (1) ; 21-27.
24- POUYAU P., HARAMBURU F., IMBS JL., BEJAD B. “Admissions to hospital caused by adverse Drug reactions: cross sectional incidence study” ; BMJ; 15 avril 2000 ; 320 : 1036-1037.
25 : PERROCHON PERRAULT-POCHAT MATTERN VAUDEL « Etude prospective des admissions des personnes âgées pour iatrogénie médicamenteuse en région Poitou-Charentes».
26 : Bulletin d’information de pharmacovigilance du CHU de Toulouse « Professeur Jean-Louis MONSTASTRUC » ; www.bip31.fr .
27 : « La démographie médicale à l’horizon 2030 : de nouvelles projections nationales et régionales » ; Ketty ATTAL-TOUBERT and Mélanie VANDERSCHELDEN ; Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DRESS) ; Etudes et Résultats :N° 679 – Février 2009.
28 : « La solution intérieure » ; Thierry JANSSEN ; Editions FAYARD ; Février 2006.
29 : « Ces médicaments qui nous rendent malades » ; Sauveur BOUKRIS ; Le Cherche Midi ; 2009 ;
p : 209-229.
12. Triptans : traitement de la phase céphalalgique de la crise de migraine : exemple : naratriptan , sumtriptan et le zolmitriptan
13. Dérivés de l’ergot de seigle : ergotamine, dihydroergotamine, Méthysergide.
14. Lévodopa (L DOPA) et les agonistes dopaminergiques.
15. Neuroleptiques antiémétiques (alizapride, métoclopramide, métopimazine)
16. Macrolides (Spiramycine exclue)
17:13
18. Cisapride : traitement de la gastroparésie symptomatique prouvée (chez l’adulte).
Chez le nouveau-né, l’enfant jusqu’à 36 mois, traitement du reflux gastro-œsophagien compliqué par des affections respiratoires ou ORL, esophagie ulcérée.
19:16
20. Antifongiques azolés : fluconazole, intraconazole, kétoconazole, miconazole.
Remarques
- Statines : atorvastatine et simvastatine et kétoconazole.
- IMAO avec certains morphinomimétiques : péthidine, tramadol et dextrométorphane.
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